GDID - Dirlo - Directrices et Directeurs Ecole
Consultation ifop

janvier 16 2017

Je veux qu'on m'explique

Par salinator Médias

Si je n'ai rien publié depuis plusieurs semaines, c'est tout bonnement parce que je n'ai pas grand chose à écrire. A force de me répéter de billet en billet, je commence à me lasser. Et puis honnêtement même si les Directeurs d'école n'ont toujours pas de statut particulier je constate tout de même que depuis deux ans l'école va mieux. On pourra toujours la regarder par le petit bout de la lorgnette - on n'aura pas forcément tort -, si on compare sans parti pris ce qui s'est passé depuis dix ans on n'aura aucune peine à faire une claire distinction entre la catastrophe que fut la présidence Sarkozy et les bénéfices que nous aurons tiré de la présidence Hollande. Non, ce n'est pas assez, il reste du travail. Mais les accords PPCR sont en route, nous bénéficions de nouveaux programmes mieux adaptés - en maternelle c'est flagrant -, les réformes du collège, si elles font grincer les dents, sont lancées.

Non seulement je n'avais pas envie de me répéter, mais je suis aussi peu en forme. Dépression saisonnière, me direz-vous. Je vous répondrai lassitude due à l'âge et à l'ancienneté dans la carrière, "désengagement" écrirait peut-être Philippe Watrelot. Rien n'étant prévu dans nos métiers pour alléger les fins de carrière qui ont je le rappelle augmenté de plusieurs années depuis 2004 - comme instit j'aurais pu auparavant y mettre fin à cinquante-cinq ans -, les professeurs des écoles qui ont comme moi commencé à dix-huit ans en ont pour la plupart ras la casquette. C'est mon cas, tout m'épuise, surtout dans l'ambiance actuelle parfaitement mortifère.

Effectivement j'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi on parle de moi en permanence depuis des mois. Enfin, de moi... de l'école en général, et des enseignants en particulier. Car enfin, bien que je comprenne que malgré que l'ascenseur social soit en panne depuis très longtemps l'école reste un des rares moyens pour "s'en sortir", qu'on ne vienne pas me raconter que nous sommes un tel enjeu pour la Nation. Elle fonctionne, l'école, chaque jour les enfants y vont, y apprennent, y grandissent, les professeurs travaillent d'arrache-pied et pas six mois par an. Certes de nombreuses améliorations sont possibles, mais quand même...


Or il ne se passe pas un jour sans qu'un politique, un "spécialiste", un quotidien ou une chaîne de télévision, nous sorte un article, un billet, une phrase à charge ou à décharge. Les candidats nommés ou potentiels à la Présidence de la République surenchérissent les uns sur les autres, dans un sens de déconstruction ou de laminage pour les uns dont les électeurs nous haïssent, dans une augmentation des effectifs pour les autres qui aimeraient récupérer nos suffrages. Les premiers - tonitruantes couturières obsédés par le détricotage - annoncent qu'ils supprimeront cent mille, deux cent mille, cinq cent mille fonctionnaires (qui dit mieux?); les seconds - dans des envolées lyriques dignes de la troisième République - qu'ils embaucheront douze mille profs, quarante mille... Évidemment ils disent tous n'importe quoi. Le présent Président a eu bien du mal en cinq ans à tenir sa promesse d'embauche de soixante mille professeurs, promesse lâchée un soir d'euphorie (et d'alcoolémie?). Quant à ceux qui voudraient supprimer des postes dans la fonction publique, je les imagine mal accorder leurs violons avec la surcharge des services d'urgence dans les hôpitaux lors d'une épidémie saisonnière de grippe, ou le manque de profs dans certaines banlieues parisiennes... En revanche, un point à souligner est qu'ils veulent tous que nous soyons mieux payés, c'est rigolo. Mais donnant-donnant, hein, il faudra travailler plus pour gagner plus selon la vieille antienne sarkozyste. Ils ont du mal à tuer le père.

Cela excite nos médias, qui nous rebattent les oreilles avec des statistiques à foison, comme toute statistique interprétables selon leur humeur ou leur couleur politique, ou avec des bouquins qui déboulent comme des "chocolatines" au sortir du four - c'est pour faire plaisir à mes lecteurs du sud-ouest - avec des titres à faire frémir n'importe quel pékin, inspirés de la littérature de gare (Qui a tué? Qui veut la mort? J'ai plein d'idées, je les donne gratuitement: vampires, loups-garous, fossoyeurs...). Certains et certaines opportunistes se font des couilles en or en nous taillant des costards sur mesure, et j'aime cette dernière image. On passe de PISA au prédicat, du numérique - trop ou pas assez? - aux démissions d'enseignants, du harcèlement aux "pédagogistes" criminels, du mammouth qu'il faut nécessairement zigouiller à Najat Vallaud-Belkacem qui suscite malgré elle les commentaires les plus infâmes alors qu'elle restera certainement un des meilleurs ministres de l’Éducation nationale que j'aurai pu connaître.

Néanmoins, si certaines choses se sont améliorées depuis deux ans, il reste toutefois que l'école française est à la traîne des écoles des autres nations de l'OCDE. Quant à ses résultats déjà, quant à l'inéquité flagrante qui y perdure voire s'y aggrave, quant aux moyens qui y sont donnés à l'école "fondamentale" soit l'école primaire, maternelle et élémentaire confondus. Nous qui sommes sur le carreau quotidiennement savons parfaitement que c'est en individualisant notre enseignement que nous pouvons faire progresser chacun et assurer la réussite sinon de tous mais au moins de la grande majorité de nos élèves, c'est d'ailleurs ce qui explique la réussite du dispositif "plus de maîtres que de classes" (qui devrait d'ailleurs s'appeler "plus de maîtresses..."). Mais ces moyens encore faibles sont saupoudrés alors que d'autres pays ont fait le choix de leur concentration. Mais nos classes restent surchargées, et si les "fondamentaux" sont si importants alors comment peut-on justifier des classes de maternelle ou d'élémentaire à vingt-cinq, trente élèves, voire plus? J'ai cette année une classe de vingt-six gosses, ce qui serait acceptable dans une banlieue favorisée, mais je la qualifierai de "compliquée", par euphémisme, autant dans les compétences que dans le comportement. Il est clair, je le constate chaque jour, que malgré mon expérience je n'arrive pas cette année à donner à chacun selon ses besoins. Ce qui ne m'interdit pas d'essayer, mais mon énergie n'est plus ce qu'elle était. Mon enthousiasme non plus. Et puis je reste sur mon problème de double casquette, professeur à temps plein et simultanément Directeur d'école, avec sur le dos les habituelles joyeusetés que sont le Projet d'école, l’administration quotidienne, le PPMS, le DUER, le PEDT et les NAP, les rapports avec la municipalité et ma hiérarchie, les nouveaux Carnets de suivi, et tout le reste.

Je n'ai pas de conclusion à mon billet. Sinon que j'apprécierais grandement qu'on facilite ma tâche, mes tâches, en me donnant le temps qui y est nécessaire, et en ce moment la sérénité dont j'aurais bien besoin. Mais les élections ne sont qu'aux mois d'avril-mai, on n'est pas sorti de l'auberge.



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