février 18 2012
Directeurs en lutte : Les directeurs d’école ou les grands oubliés de la campagne présidentielle…
Les candidatures se précisent. Les candidats rôdent leurs discours, avancent leurs idées. Les thèmes sont abordés les uns après les autres. Bref, les électeurs en savent chaque jour un peu plus et peuvent se forger leur opinion. Tous les candidats se sont exprimés sur les problèmes de l’éducation. Chacun a indiqué sa vision de l’école. A environ deux mois du premier tour, les directeurs d’école pressentent que la reconnaissance statutaire qu’ils attendent depuis si longtemps est le cadet des soucis des présidentiables.
Dans son interview du 11 février au Figaro magazine, le candidat Nicolas Sarkozy déclarait : « Nous n'avons pas été au bout de la réforme de l'Éducation nationale. Les enfants ont changé, mais l'école pas assez. [
] Il va falloir augmenter fortement la présence des adultes dans l'école. Considérer que la classe est le lieu de l'enseignement, et l'école celui de l'éducation. J'aurai l'occasion de faire des propositions sur le sujet ».
Pour lui, « augmenter fortement la présence des adultes dans lécole » ne signifie pas augmenter le nombre denseignants. Dailleurs, il précise « Arrêtons de raisonner en termes d'effectifs : ceux-ci ont augmenté de 34 000 ces vingt dernières années alors que, dans le même temps, le nombre des élèves diminuait de 540 000 ». Il sagit, à ses yeux, de modifier le statut des enseignants pour les contraindre à passer plus de temps dans létablissement.
Suite logique à la proposition émanant de certains membres de lUMP qui considèrent que le non remplacement dun fonctionnaire sur deux ne rapporte pas assez au budget de lEtat. Le « 1 sur 2 » de la RGPP nest pas d'un assez bon rapport. Ils proposent daller plus loin et de ne pas remplacer 2 fonctionnaires sur 3
La suite de linterview est également intéressante. Le candidat-président y évoque la nécessaire revalorisation de la fonction denseignant
Que ne la-t-il fait avant ? « L'un des enjeux sera de revaloriser fortement la fonction d'enseignant, d'améliorer leur formation et de réfléchir à leur mission ainsi qu'à leurs conditions de travail. L'idée selon laquelle ils devaient être moins payés parce que l'école était fermée cinq mois de l'année est une idée d'un autre âge. Ce sera l'un des chantiers les plus importants. Il faudra faire preuve d'imagination. On ne peut pas s'en tenir aux archaïsmes alors que nous sommes entrés depuis douze ans dans le XXIe siècle. »
On ne peut que lui donner raison daméliorer la formation des enseignants
détruite par ses propres ministres de lEducation nationale. Refaire ce que lon a défait
ou léternel recommencement
Faut-il encore et toujours réfléchir à leur mission ? Les armoires du ministère débordent de notes, dossiers et rapports en tous genres sur le sujet
Quant à la revalorisation financière
admirons cette façon dapparaître comme le rempart face à ceux qui émettraient « l'idée selon laquelle ils devaient être moins payés parce que l'école était fermée cinq mois de l'année ». Qui sont-ils donc ces affreux réactionnaires qui pensent quil faudrait moins payer les enseignants ? Qui a gelé le point dindice de la fonction publique ? Qui est responsable de la baisse des salaires nets au 1er janvier 2012 ?
Décidément, il va en faire des choses, Nicolas Sarkozy quand il sera président
Côté challenger, François Hollande a prononcé un grand discours sur l'Ecole et la Nation, à Orléans le 9 février. Dans un texte ne comprenant pas moins de 9162 mots, pas une seule fois lon retrouve le mot « directeur » ni lexpression « statut du directeur décole » ! Fallait-il dailleurs lattendre du candidat socialiste ? Ses conseillers pour léducation avaient très clairement balayé le sujet. Bruno Julliard ne sen cache pas : « Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de laugmentation du pouvoir des directeurs décole, encore moins la création dun établissement public denseignement autonome soient une priorité. Dabord parce que cest coûteux, ensuite parce quon a probablement dautres chantiers prioritaires qui vont mobiliser et de lengagement politique et de lengagement économique. »
Fin janvier, le Front de Gauche a fait connaître ses « 12 propositions pour lécole de légalité ». On y trouve des mesures généreuses et une ambition réelle pour lécole : un plan de lutte contre les inégalités, la défense et la transformation de lécole maternelle, la refonte des programmes, la mise en place dune réelle formation, laugmentation du budget consacré à léducation, le rétablissement de tous les postes supprimés depuis 2007 et même la création dun statut
de représentant de parent délève.
Un statut de représentant de parent délève
Cette mesure est-elle prioritaire par rapport à un statut de directeur décole ? Le directeur sera-t-il donc le dernier dans lécole à ne pas avoir de statut ?
Comment sen étonner lorsquon voit que le premier des 12 membres du groupe « le Front de Gauche pour lEducation » nest autre que Gérard Aschiéri
Un nom bien connu des directeurs décole.
En février 2010, Gérard Aschiéri achève son 3ème mandat de Secrétaire général de la FSU. Il est alors remplacé par Bernadette Groison.
Dans son numéro daté du 31 janvier 2010, « Libération » concluait ainsi le portrait de Gérard Aschiéri : « Il na pas de projet précis pour laprès-congrès, sinon lenvie décrire autour des questions déducation et de syndicalisme »
Sil navait pas de projet précis, il sest rapidement trouvé une occupation puisquil a été nommé au Conseil Economique, Social et Environnemental, organisme qui ne sert plus à rien sinon à « recaser » certains personnages de la vie politique, économique et sociale. Bon salaire (4000 € brut) et belle retraite mise en cause par la Cour des Comptes.
Si du côté des candidats à lélection présidentielle, on le voit, les directeurs décole nont rien à espérer durant le prochain quinquennat, peuvent-ils au moins sappuyer sur les forces syndicales ?
Depuis fin 2011, les syndicats enseignants semblent accuser le coup de la faible mobilisation et de la perte dinfluence enregistrée lors des dernières élections professionnelles. La volonté affichée daméliorer le sort des directeurs décole par une meilleure reconnaissance de leur « fonction » na pas disparu mais peu nombreux sont ceux qui y croient encore.
Fidèle à sa stratégie habituelle, le SNUipp continue de sentourer dexperts pour alimenter sa « réflexion sans tabou sur la direction et le fonctionnement de lécole ».
Le dernier « expert » en date nest autre que Claude Lelièvre, historien de lEducation, fidèle soutien et conseiller de Martine Aubry lors des primaires socialistes pour désigner le candidat du PS à lélection présidentielle. Décidément, on tourne en rond.
On tourne en rond, certes
Mais pas très rond car cet historien de léducation, professeur émérite d'histoire de l'éducation à la Faculté des sciences humaines et sociales Paris V-Sorbonne, agrégé de philosophie, connaît davantage lhistoire de la direction décole que le métier de directeur décole.
Le verbatim de son interview est édifiant !
« Il faut savoir que le primaire en France a un rapport tout à fait particulier à la direction décole puisque ce sont des collègues et pairs parmi les pairs qui sont censés diriger, plutôt animer que diriger, et leur charge est de plus en plus importante. Donc, la question qui se pose cest certainement moins une question de changement de statut, c'est-à-dire quils soient dun autre corps que celui dans lequel ils sont parce que les enseignants tiennent beaucoup à ce quils soient des collègues parmi les collègues.
Cest la tradition du primaire en France. Cest pas vrai dans bon nombre dautres pays. Cest pas vrai dans le secondaire. Mais en revanche, il y a un manque de reconnaissance de leurs difficultés, de leur temps de travail
euh
des difficultés quils ont à effectuer certaines tâches parce quelles sont multipliées, parce quil y a de nouveaux outils qui les pourchassent par mails et donc, là, il faut peut-être faire émerger lidée dun métier, dune reconfiguration du métier, dune pleine reconnaissance de ce métier et pas tellement la reconnaissance dun autre statut, dun autre corps parmi dautres corps
Au départ, au fond, le directeur était considéré comme un chef, un ptit chef. Dailleurs, à lorigine on disait, on dit encore mais pas dans le même sens, il y avait un directeur et des adjoints. Au fond, le directeur était considéré comme le titulaire qui sadjoignait des suppléants et qui avait autorité et cest seulement en 1908 quil y a eu une sorte de contrepouvoir organisé avec la création du conseil des maîtres pour quil y ait un contrepouvoir collectif au pouvoir du directeur sur le plan pédagogique. Donc, de ce point de vue là, on peut dire que cest un acquis de lévolution du corps mais que, au départ, cétait un ptit chef. Mais personne ne veut le retour des ptits chefs. Je ne pense pas non plus que les directeurs veulent être des petits chefs
»
« Cest la tradition du primaire en France ». Tout est dit. La marionnette de Philippe Lucas, dans les guignols de Canal+, ajouterait sans doute : « cest comme ça, pis cest tout ! »
Pas le moindre début de commencement de réflexion sur lévolution du métier de directeur et de ses nouvelles responsabilités au sein de lécole du XXIème siècle.
Souhaitons au candidat du PS de ne pas trop sappuyer sur des conseillers empreints dun tel conservatisme car lécole de la République risquerait de se retrouver bien vite au niveau de celle de 1908.
Edifiant, attristant et affligeant


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